Édition du vendredi 29 mai 2026
et descendants de François-Louis LEVASSEUR dit BORGIA
Journal
Les députés au premier parlement du Bas-Canada - Matthew McNider
Montréal (La Presse), 1927-08-13
(Écrit spécialement pour la "Presse", en collaboration, par Frs. AUDET et l'hon. Juge Edouard-Fabre SURVEYER)
McNIDER, Matthew, député de Hampshire (1).
De tous les députés que nous avons biographiés jusqu'à présent, aucun ne nous a causé plus de démarche inutiles, aucun ne nous laisse plus d'incertitudes que Matthew McNider. Il y a de cela trois causes principales, d'abord les lacunes nombreuses que présentent les registres des églises protestantes, surtout à Québec, au moins pendant le premier demi-siècle du régime anglais, ensuite le fait qu'il y a eu, presque en même temps, deux Matthew McNider, ainsi que deux John McNider, enfin la disparition du testament authentique d'un des John McNider, vraisemblablement le fils de notre personnage. Aussi, sauf quand nous donnons des dates, nos renseignements doivent-ils être pris avec réserves, et nous serons heureux de recevoir les commentaires de nos lecteurs.
Matthew McNider serait, parait-il, né à Pasiley, en Écosse, s'y serait marié et aurait eu un fils, John, né en 1760. Sa femme morte, il serait venu au Canada avec son fils, y aurait épousé Geneviève Dauphin, dont il aurait eu deux fils: Matthew, né en 1767, et mort en 1810, et Joseph, mort beaucoup plus tard.
Son nom apparaît pour la première fois dans la "Gazette de Québec" le premier août 1782. En décembre 1783, il annonce en vente des vins et des épiceries. En 1784, il achète la propriété de François Pélisson et invite ceux qui prétendent avoir des droits sur cette propriété à présenter leurs réclamations. En juin 1785 il s installé son commerce rue du Palais. Dans le cours du même mois il est au nombre des signataires d'adresses à l'honorable Henry Hamilton et à l'honorable Thomas Dunn.
À partir de juillet 1787, il s'associe son fils John. L'année suivante, ils sont non seulement associés, mais co-propriétaires d'un esclave nègre qui s'échappe te au sujet duquel ils plublient une annonce dans la "Gazette de Québec".
En 1793, McNider brigue les suffrages des électeurs du comté de Hampshire (Portneuf). Son manifeste publié dans la "Gazette de Québec" du 24 mai 1792, mérite d'être reproduit "in extenso", d'abord parce que c'est le plus complet de ceux qui ont été publiés à l'occasion de cette élection, ensuite parce qu'il renferme des renseignements qui pourront nous aider plus tard à distinguer les deux Matthew McNider.
(G. de Québec).
"Aux Libres ÉLECTEURS du Comté de Hampshire, Paroisses Saint-Augustin, Pointe-aux-Trembles, Écureuils, Cap-Santé, Deschambault, Grondines et Sainte-Anne.
"Messieurs et Compatriotes,
"Invité par les sentiments que plusieurs de vous avec exprimés en ma faveur, et souhaitant vous représenter à la Chambre d'Assemblée, je m'offre avec respect comme Candidat, et sollicite votre protection à la prochaine Élection générale.
"Si j'ai l'honneur d'être approuvé et choisi par vous, mes compatriotes, j'emploierai tous mes soins à vous procurer la liberté et le bonheur dont vous devez jouir sous l'heureuse Constitution.
"Retiré du Commerce pour passer mes jours avec vous, vous pouvez compter sur mon zèle à soutenir les droits et privilèges communs entre nous, et que vos intérêts me seront aussi chers que les miens.
"La conduite que j'ai observée envers vous depuis que j'ai acquis les droits de mes prédécesseurs, les Seigneurs des Écureuils, Bélair, Grondines, etc., formant une grande partie de votre comté, me donne lieu d'espérer votre protection et vos suffrages.
"Je me flatte, Messieurs, de l'honneur d'obtenir vos voix et votre recommandation à l prochaine Élection générale, et avec les sentiments les plus sincères.
Je suis Votre très humble, très obéissant et dévoué
Serviteur
MATHIEU McNider." (2)
La "Gazette de Québec" du 21 juin 1792 annonçait l'élection de MM. Matthew McNider et Jean Boudreau. Ils avaient défait William Smith, fils du juge en chef Smith, qui devint greffier de l'Assemblée législative et écrivit une Histoire du Canada è la fois incomplète et partiale.
Quant aux seigneuries dont il se vante, McNider avait, dès le 5 décembre 1788, signé en sa qualité de co-seigneur et seigneur banal de Bélair ou des Écureuils, la requête demandant une chambre d'assemblée; le 6 avril 1789, il avait par devant le notaire F.-X. Larue, acheté des héritiers Dussault et autres, les trois quarts de la seigneurie Bélair (ou des Écureuils) un quart restant à Joseph Brassard Descheneaux. (3) Quant à la seigneurie des Grondines, (Saint-Charles des Roches) McNider ne l'a formellement achetée de Ferdinand et Frédéric Hamelin, que le 12 juillet 1792, de Nicolas Perrin et dame Archange Hamelin le 12 septembre 1793. Il avait donc quelque peu exagéré en s'en déclarant le propriétaire dès le 24 mai 1792. (4)
Le 13 mars 1794, McNider, se déclarant propriétaire des seigneuries de Bélair et Saint-Charles des Roches (Grondines) et des îles adjacentes, demanda au gouverneur, Lord Dorchester, la permission de jurer foi et hommage. Cette permission ne lui fut accordé que le 26 juillet 1801, à condition qu'il paya le droit de quint sur les parts ou portions de la seigneurie des Grondines, qui pouvaient lui appartenir. Le droit de quint fut payé le 26 octobre 1801. Il demanda ensuite la remise d'une partie de ce droit. Le droit de quint sur la seigneurie de Bélair était déjà payé.
Dès la première session du parlement, après avoir appuyé un amendement du député Richardson à l'effet de faire considérer le texte anglais des journaux de la Chambre, comme le texte légal, McNider revint sur cette première attitude, et se sépara avec Grant, de Richardson et de ses collègues anglais. (5)
Le 13 février 1794, il signait une adresse au prince Édouard à l'occasion de son départ.
En 1794, on trouve qu'un nommé McNider forme une société nommé Mitchell et le 3 juillet 1794, cette société signe une déclaration de loyauté envers la constitution et le gouvernement. Il est probable qu'il s'agit là de John McNider, sinon de Matthew McNider, fils, notre personnage s'étant déclaré en mai 1792, "retiré du commerce"; d'autre part, il est possible qu'il ait cru devoir y rentrer, ne serait-ce que pour augmenter son capital.
McNider ne se représenta pas aux élections de 1796. Au contraire, un Matthew McNider (lequel ?), fut président de l'élection pour le comté de Hampshire,
Le 19 juin 1797, un Matthew McNider contribuait au fonds de la Société de feu de Québec.
Dans l'"Histoire de Cap-Santé", de l'abbé Gatien (p. 82), on lit ce qui suit: -- "En 1801, le 10 août, les dames Ursulines, seigneuresses de Portneuf, avaient loué cette seigneurie, par bail emphytéotique, pour cinquante ans, à M. McNider; ce bail passa le 20 mai 1806, à M. W.-B. Coltman qui fit commencer alors sur les bords de la rivière Portneuf, des travaux considérables.
Il peut s'agir ici de notre personnage, resté fidèle è son ancien comté. Mais nous n'avons pas de preuve qu'il vécut encore à cette époque.
Par contre, c'est vraisemblablement son fils qui acheta de monsieur Antoine Jobin dit Boisvert, et de sa femme, née Madeleine Pinguet de Targis, la seigneurie concédée à l'ancêtre de cette dernière, Jean-Baptiste de Peiras, par le gouverneur Frontenac, le 6 mai 1675. Le nouveau seigneur jura foi et hommage le 6 juillet 1802.
Un collaborateur du "Bulletin des Recherches Historiques" (6) dit, à propos du nouveau seigneur de Métis: "Il entreprit, dit Sir James Lemoyne dans ses "Maple Leaves" (1899), d'y créer une colonie de ses compatriotes "imported from the Land o"Cakes" (7). Les dépenses considérables qu'il fit pour mener à bonne fin ses entreprises firent sombrer sa fortune; en 1807, sa seigneurie fut vendue par le shérif et adjugée à un autre Écossais, John McNider."
Nous n'avons pu trouver l'annonce de cette vente dans la "Gazette de Québec", mais dans son acte de foi et hommage, qui est en date du 6 juin 1821, John McNider déclare être devenu adjudicataire de la seigneurie de Métis, le 10 septembre 1806.
Est-ce bien l'ex-député de Hampshire, père d'un fils de quarante-deux ans, retiré du commerce depuis plus de dix ans, qui entreprend de coloniser loin de chez lui, à une époque où les communications étaient difficiles ? Nous croyons plutôt qu'il s'agit de son fils.
Pour compléter nos remarque sur cette seigneurie, ajoutons que John McNider mourut à Québec le 4 juillet 1829, âgé de 69 ans, ayant fait un testament devant W.-F. Scott, notaire, le 7 février 1826. Par ce testament, aujourd'hui disparu, il léguait sa seigneurie de Métis à ses petits-neveux William et John McNider, enfants de son neveu Adam-Lymburner Macnider. Il nomma quatre exécuteurs: son neveu, déjà nommé, marchand de Montréal, Louis Massue, marchand de Québec, Frs-Xavier Durette qui refusa la charge, et la veuve du testateur, Angelica Stuart, veuve ne première noces d'un nommé Ross, laquelle décéda quelques mois plus tard et fut inhumée le 11 décembre 1829. Le 23 mars 1830, les exécuteurs survivants, incapables de liquider la communauté, faisaient déclaré la succession vacante et Michael Hynds y était nommé curateur. Plus tard, comme les cens et rentes de Mitis étaient difficiles à percevoir, et qu'Adam-L. Macnider s'était chargé jusque là du recouvrement, son exécuteur Louis Massue les lui vendit. (8)
John Macnider avait laissé trois filles, dont l'une fut la mère de l'honorable Félix-Gabriel Marchand, ancien premier ministre de la province de Québec, et un autre, la mère de M. J.-A. Charlebois, notaire, de Québec, décédé il y a quelques mois seulement. (9)
On nous pardonnera cette digression. Elle guide les recherches de ceux qui pourraient vouloir éclaircir la situation.
À partir du dix-neuvième siècle il est de plus en plus difficile de différencier les deux Matthew McNider. L'un d'eux fut nommé juge de paix pour le district de Québec le 12 juin 1799, et l'un ou l'autre agissait comme tel en 1807 dans une question relative aux marchés de Québec. Le 14 février 1805, Matthew MacNider -- évidemment le fils -- et James Tullock qui faisaient affaires sous le nom de Matthew Macnider & Co., firent une cession volontaire de leurs biens, y compris les biens personnels de Matthew Macnider, entre les mains de John Jones, syndic. Cette cession n'ayant pas donné de résultats satisfaisants, fut annulée le 21 juin suivant, les deux actes tant passés par devant le notaire Michel Berthelot. Dans la "Gazette de Québec" de mai à septembre 1807 on annonce la vente par le shérif de propriétés situées dans les districts de Montréal et des Trois-Rivières, appartenant à Matthew Macnider. Ici encore, duquel s'agit-il ? On ne parle pas de propriétés à Québec bien que Macnider (probablement le député) en ait acheté plusieurs, notamment de Jacques Voyer, et qu'on trouve son nom à plusieurs reprise dans le répertoire du notaire Planté. C'est donc encore du fils qu'il s'agit vraisemblablement.
Après 1807, nous perdons de vue notre personnage. M. Pierre-Georges Roy croit avoir entendu dire qu'il est mort noyé, et qu'il a été enterré ailleurs qu'à Québec.
Matthew McNider fils mourut à Québec le 28 juin 1810, âgé de 43 ans environ.
Joseph McNider, fils de feu Matthew McNider et de Geneviève Dauphin, de Québec, épousa à Montréal, le 18 juin 1821, Julie Campeau, veuve de J.-B. Curot, qui serait née le 31 mars 1785, à Détroit, du mariage de Jean-Baptiste Campeau et de Catherine Boyer. Devenu veuf, il épousa, à Saint-Denis, le 30 juin 1840 Mardeleine Cordeau, veuve de Jean Archambault. (10)
Enfin, Adam Lymburner Macnider épousa à Montréal, le 19 septembre 1812, Rosita Aird dont il eut deux fils, William et John, avantagés par le testament de leur grand-oncle John McNider. Il eut à Montréal, des 1815, une "licence d'encanteur", eut à poursuivre de nombreux débiteurs, fut "warden" puis "député maître" de la maison Trinité, à Montréal, de 1830 à 1837, date après laquelle nous le perdons de vue. Il avait, en 1833, présidé l'élection des conseillers municipaux du quartier Saint-Antoine de Montréal.
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(1) Pour la description de ce comté (plus tard Portneuf), voir notre biographie de Boudreau
(2) Gazette de Québec, 24 mai 1792
(3) Actes de foi et hommages —- Archives publiques du Canada, 1884, p. 2; 1885, pp. 55 et 56.
(4) Arch. Publiques du Can. -- Foi et hommage, 1884, p. 23; 1885, p. 74.
(5) Journal de l'Assemblée Législative, 1793, page; Chapais, "Cours d'histoire du Canada:, II.
(6) Arch. Pub. du Can. -- Foi et Hommage, 1884, p 18; 1885, p. 68.
(7) Bul. des Rech. Hist. vol. XVII, pp. 355 à 358.
(8) L'auteur de l'article cité dit que John McNider revendit cette seigneurie à James Shepperd en 1821. Il a dû y avoir rétrocession ou bien il y a erreur de date, le 6 juin 1821 étant celle ou John McNider jura foi et hommage.
(9) Quelques mois avant sa mort, M. Charlebois noua a communiqué, de mémoire, des renseignements intéressants sur sa famille.
(10) Ce renseignement nous est aimablement fourni par M. Joseph Drouin, avocat de Montréal.